Retraite à 60 ans : les solutions de financement de Jean-Luc Mélenchon sont-elles viables ?

Retraite à 60 ans : les solutions de financement de Jean-Luc Mélenchon sont-elles viables ?

Retraite à 60 ans : les solutions de financement de Jean-Luc Mélenchon sont-elles viables ?

Retraite à 60 ans : les solutions de financement de Jean-Luc Mélenchon sont-elles viables ?

C’est l’une des mesures phares du programme économique de Jean-Luc Mélenchon : abaisser l’âge de départ à la retraite de 62 à 60 ans. Si l’objectif est connu, ce qui l’est un peu moins c’est la façon de l’atteindre. Car le coût d’une telle mesure est loin d’être anodin. “Il faut trouver au minimum 30 milliards d’euros”, estime Philippe Crevel, économiste, directeur du Cercle de l’épargne. Si cette mesure d’abaissement s’accompagne d’un raccourcissement de la durée de cotisation pour obtenir le taux plein à 40 ans, le coût pourrait plus que doubler, atteignant plus de 70 milliards d’euros. Et contrairement à un relèvement de l’âge de départ où il faut attendre plusieurs années pour voir les premières économies, en cas d’abaissement de l’âge, la dépense serait quasi immédiate.

Pour financer une telle mesure, le leader de la France insoumise (LFI) évoque notamment l’égalité salariale femme-homme et la réduction du nombre de chômeurs. Passons sur ces mesures encore vagues, qui dépendent de tellement de critères, et arrêtons-nous sur une mesure qui semble à première vue plus concrète : la hausse des cotisations retraite pour les plus hauts revenus. Interrogé sur BFM business sur cette question, Jean-Luc Mélenchon détaille : “les salaires qui sont au-dessus de 3.400 euros, vous mettez une surcotisation de deux points”. Le chiffre de 3.400 euros n’est pas choisi au hasard. Il s’agit peu ou prou du plafond de la Sécurité sociale, qui sert à déterminer le niveau de cotisation actuel. Ainsi, aujourd’hui, en ce qui concerne la retraite de base, la cotisation retraite s’élève à 6,90 % de l’ensemble du salaire brut dans la limite d’un plafond mensuel de la Sécurité sociale, soit 3.428 euros en 2021. À cela s’ajoute une cotisation déplafonnée de 0,40 % qui s’applique à l’ensemble du salaire brut. Donc, au-delà de 3.428 euros, les salariés cotisent peu pour la retraite et cela ne leur génère aucun droit supplémentaire. Si l’on reste sur l’exemple des salariés et que l’on regarde du côté de la complémentaire Agirc-Arrco, un principe de tranche de cotisations existe également. Un taux de 3,15 % s’applique à l’ensemble du salaire brut dans la limite de 3.428 euros par mois et un taux de 8,64 % sur la part de salaire brut comprise entre 3.428 et 27.424 euros.

Ainsi, si l’on suit la proposition et sachant que la retraite complémentaire n’est pas gérée par l’État mais les partenaires sociaux, il s’agirait donc de relever la cotisation sur la retraite de base pour les revenus au-dessus de 3.428 euros de 0,40 % à 2,40 %. “Augmenter les cotisations peut permettre de financer la baisse de l’âge de départ à la retraite”, juge Anaïs Henneguelle, maîtresse de conférences en économie à l’Université de Rennes 2. Reste que cette proposition mérite d’être affinée, au risque d’être difficilement acceptable et compréhensible pour tous. “Par exemple, il faudrait savoir s’il s’agirait de proposer une hausse progressive des cotisations en fonction des revenus”, interroge Anaïs Henneguelle. Ainsi, plus le niveau de revenu augmenterait, plus ce serait aussi le cas pour celui des cotisations. Le tout sans que cela ouvre le droit à une retraite plus importante.

Mais ce n’est pas le seul flou, car il faudrait aussi savoir si la question est de relever les seules cotisations salariales ou également les cotisations patronales. Le curseur dépendrait donc du niveau de dépenses nécessaire pour abaisser l’âge légal de départ à la retraite de deux ans. Attention, la hausse des cotisations, prônée par le candidat LFI, peut aussi avoir un effet pervers. “Ceux qui gagnent plus, si on leur demande de cotiser plus auront peut-être moins confiance en un système de retraite de plus en plus compliqué”. Or la perte de confiance risquerait de fragiliser le système par répartition.