réconcilier épargne et assurance pour constituer leur épargne retraite

réconcilier épargne et assurance pour constituer leur épargne retraite

Porté par Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, le projet de loi Pacte, qui arrive devant l’assemblée en ce mois de septembre, entend relancer l’épargne retraite. Président de la Faider, Guillaume Prache explicite les solutions et amendements défendues par cette organisation représentative des épargnants en vue de la retraite.

Le projet de loi Pacte en discussion à l‘Assemblée nationale inclut une importante réforme de « l’épargne retraite ». Le niveau intellectuel du débat n’est pas toujours à la hauteur de l’enjeu, car il tourne trop souvent au pugilat entre « sortie en capital » et « sortie en rente ».

L’épargne en vue de la retraite – qui est utilisée « en capital » comme « en rente » – et l’assurance vieillesse – qui elle ne peut prendre que la forme d’une rente viagère, c’est-à-dire un revenu périodique versé jusqu’au décès – sont deux choses distinctes. Cependant, l’exposé des motifs du Projet PACTE rappelle fort justement que la sortie en rente de l’épargne retraite est le « dénouement permettant à l’épargnant de se prémunir contre les risques liés au grand âge ». Se prémunir contre les risques du grand âge : c’est l’objet de l’assurance vieillesse !

Les Français épargnent beaucoup

Commençons par rappeler ce que sont en France l’épargne en vue de la retraite d’une part, et l’épargne retraite (stricto sensu) d’autre part.  Les Français épargnent beaucoup et leur premier objectif d’épargne est le financement de la retraite. L’épargne en vue de la retraite est d’abord constituée et de loin par la « pierre», l’épargne immobilière (6600 milliards € ), et ensuite par l’assurance vie, premier placement financier des Français avec 1600 milliards € d’encours. Elle peut être convertie en rente viagère (cas du viager immobilier par exemple), mais elle est dans les faits très majoritairement sortie « en capital ».

L’épargne retraite proprement dite – c’est à dire spécifiquement et uniquement dédiée à la retraite – est marginale dans le patrimoine des Français. Mise à part pour les PERCO, la « sortie » des produits d’épargne retraite stricto sensu s’effectue aujourd’hui pour l’essentiel obligatoirement en rente viagère.

L’assurance vieillesse (c’est-à-dire l’assurance contre le risque de longue vie) est, elle, beaucoup plus ancienne que l’épargne retraite et pour cause. Elle a été inventée par le chancelier allemand Bismarck en 1889, financée par des cotisations des employés et des employeurs, et obligatoire. Elle fournissait un revenu viager aux cotisants de plus de 70 ans, alors que l’espérance de vie était au mieux de 60. Aujourd’hui la situation est inversée : la « Caisse nationale d’assurance vieillesse » française verse toujours un revenu viager, mais à partir de 60 à 65 ans actuellement pour l’essentiel, alors que l’espérance de vie est montée à 80 (pour les hommes) et 85 ans (pour les femmes) environ. Donc, on cotise moins longtemps et on touche un revenu viager beaucoup plus longtemps.

L’épargne retraite encore très modeste

La hausse des cotisations n’a pas suffi à enrayer la diminution relative de ces revenus viagers (« pensions »), d’où l’importance croissante de l’épargne en vue de la retraite et de l’épargne retraite en particulier, même si cette dernière reste encore très modeste en France. L’équation financière de l’assurance vieillesse ne va pas s’améliorer – c’est un euphémisme – du fait des évolutions de la démographie (prolongement probable de la hausse de l’espérance de vie) et du marché du travail (chômage qui reste élevé, modèle salarial remis en question, etc.). Le Gouvernement a donc raison de vouloir développer l’épargne retraite en la rendant plus attractive.

Comment la rendre plus attractive ? Les partisans de la sortie « en capital » arguent à juste titre que les produits existants « en rente » sont très contraignants (on en sort que « les pieds devant »), et peu performants surtout en raison du placement de l’épargne collectée essentiellement en obligations en un temps où leur rendement est souvent devenu inférieur (0,70 % actuellement pour les obligations à dix ans de l’Etat français) à la hausse des prix (actuellement au-dessus de 2%). Autrement dit leur rendement réel devient souvent négatif, sans compter les frais et les marges des fabricants et des distributeurs de ces produits. Cette situation n’est pas tenable et est très pénalisante pour les épargnants retraite. La sortie en capital serait donc à la fois moins contraignante pour l’épargnant et plus performante.

Oui mais, – sans même évoquer les problèmes posés par la volatilité très supérieure à court terme des placements actions – il y a un hic, et de taille : quel que soient les modalités retenues– en une fois ou en sorties  échelonnées dans le temps – la sortie en capital ne protège aucunement l’épargnant retraite contre le risque de longue vie (« du grand âge » comme l’écrit le Projet PACTE) : la sortie en capital ne peut pas offrir d’« assurance vieillesse ».

Il y a pourtant une solution pour réconcilier épargne et assurance, et combiner des avantages de la sortie en capital avec ceux de l’assurance vieillesse que seule la rente viagère peut offrir :
la sortie en capital échelonnée (versements périodiques) entre le départ à la retraite et l’âge de  l’espérance de vie moyenne (80 à 85 ans ) au plus tard ;
– assortie d’une rente viagère différée souscrite dès le moment du départ à la retraite et dont les versements ne commencent que lorsque les versements ci-dessus s’arrêtent.

L’assurance vieillesse de Bismarck remise au goût du jour

Ainsi, les fabricants de produits d’épargne retraite pourront non seulement investir davantage l’épargne collectée en actions jusqu’au moment du départ en retraite, mais aussi au-delà jusqu’à ce que l’épargnant atteigne 80 ou 85 ans au plus. Ils auront en effet perçu la prime correspondant à la rente viagère différée jusqu’à ces âges, et connaîtront à l’avance la durée exacte de placement dans l’intervalle, leur permettant de prolonger l’optimisation de l’allocation des placements et donc des performances, disons sur 15 à 25 ans supplémentaires environ. De plus, sous réserve que leur marché soit compétitif, ces rentes viagères différées pourraient avoir un coût très raisonnable à la souscription, de l’ordre de 15% de l’épargne constituée au moment du départ en retraite.

C’est pourquoi l’organisation représentative des épargnants en vue de la retraite a présenté des amendements au Projet PACTE pour la souscription dès le départ en retraite d’une rente viagère différée au plus tard à l’âge de 80 ou 85 ans, idéalement obligatoire, ou au moins en tant qu’option par défaut. C’est en quelque sorte l’assurance vieillesse de Bismarck remise au goût du jour.
Le choix de la rente (différée comme ci-dessus ou immédiate dès le départ en retraite) est seul capable d’assurer l’épargnant retraite contre le risque de longue vie, mais l’oblige en revanche à bloquer de nouveau son épargne comme le rappelle le Projet PACTE. C’est pourquoi la FAIDER demande aussi que son traitement fiscal soit nettement plus attractif que celui de la sortie en capital, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

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