Assurance vie : “Le rendement moyen des fonds euros pourrait doubler en 2022”

Assurance vie : “Le rendement moyen des fonds euros pourrait doubler en 2022”

Assurance vie : “Le rendement moyen des fonds euros pourrait doubler en 2022”

Assurance vie : “Le rendement moyen des fonds euros pourrait doubler en 2022”

Capital : Quelle est la conséquence de la remontée actuelle des taux des obligations souveraines sur le fonds euros ?

Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Good Value for Money : Les différentes banques centrales sont en effet en train de remonter leur taux. Le rendement de l’Obligation assimilable du trésor (OAT) à 10 ans de la France était par exemple à 2,35% le 16 juin dernier (contre 0,01% en moyenne en 2021, selon Good Value for Money). Toute la question est ici de savoir si nous n’allons pas assister à ce que j’appelle le syndrôme de la grenouille, avec une remontée trop brutale des taux.


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Pendant de longs mois, l’OAT à 10 ans (dont les fonds euros sont très friands, ndlr) a été en territoire négatif. Bien évidemment, quand elle commence à remonter à 0,50% ou à 1%, cela devient beaucoup plus confortable pour les compagnies d’assurance. D’autant qu’en moyenne, elles achètent à un taux 0,75 point supérieur à celui de l’OAT à 10 ans. Ainsi, lorsque l’OAT est à 1,35%, les compagnies achètent à un taux de 2,10%, ce qui est supérieur au rendement courant de leur actif général, de l’ordre de 1,75% en moyenne. Dans ce contexte, les assureurs augmentent donc progressivement le rendement de leurs actifs généraux.

Capital : Une augmentation trop rapide des taux pourrait-elle être une menace pour le fonds euros ?

Cyrille Chartier-Kastler : Avec une OAT à un taux de 2,50%, voire 2,75%, il y aurait le risque de désinvestissement sur le fonds en euros au profit d’autres placements. On constaterait notamment un écart très fort entre le rendement des fonds en euros et celui du Livret A (basé sur l’inflation et, donc, sur l’évolution des taux, ndlr). Enfin, rien n’empêcherait les Assets managers (gérants d’actifs) de lancer des paniers d’émissions obligataires corporate (d’entreprise, ndlr) avec des rendements de 3% à 4%.

Or il est évident que les compagnies qui ont acheté l’an passé des OAT à des taux de -0,25%, 0% ou 0,25% seront en situation de moins-value. Certes, les assureurs conservent généralement leurs obligations jusqu’à leur terme. Mais ces moins-values se concrétiseraient uniquement si les compagnies étaient forcées de vendre des obligations face aux demandes de rachats des épargnants.

Mais il n’y a pour le moment pas péril en la demeure. Beaucoup d’assureurs ont été prudents en choisissant de ne pas acheter des obligations à taux négatif en 2021.

Capital : Les compagnies sont-elles pour autant à l’abri de retraits massifs des épargnants ?

Cyrille Chartier-Kastler : Toute l’incertitude concerne les mouvements psychologiques qui pourraient avoir lieu prochainement. Si les épargnants se disent que le fonds en euros ne rapporte plus rien, que l’inflation est durablement haute et que les taux d’intérêt remontent, les compagnies pourraient avoir besoin de réguler les sorties. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Sur les six premiers mois de l’année, la décollecte atteint 8,8 milliards d’euros sur le fonds euros. Une décollecte plus importante pourrait avoir lieu à l’automne si le taux de l’OAT venait encore à augmenter. Même risque si, après la publication des taux 2022, l’épargnant, déçu du rendement de son assurance vie, décide d’en sortir.

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Capital : Mais les rendements servis ne vont-ils pas fortement augmenter ?

Cyrille Chartier-Kastler : Il faut savoir que, globalement, les OAT sont achetées sur une durée de 8 ans. Le temps que la hausse des taux se répercute sur le rendement des actifs généraux est très long. Le fonds en euros est très bien adapté pour un contexte de taux d’intérêt qui baissent, sous réserve qu’ils ne passent pas en territoire négatif. Ces conditions ont été remplies pendant 30 à 50 ans. Le fonds en euros servait alors un rendement généré par les obligations achetées les 8 dernières années avec des taux d’intérêt plus élevés. Une situation bénie pour les assureurs.

Dans le contexte actuel où les taux augmentent, les compagnies ne peuvent pas rattraper le mouvement de hausse, mais seulement courir après en croisant les doigts pour que les épargnants ne se disent pas qu’ils ont intérêt à sortir du fonds en euros.

Capital : Les assureurs devraient donc envoyer un message sur leurs taux 2022…

Cyrille Chartier-Kastler : Les assureurs vont agir en ordre totalement dispersé. Il y a autant de situations différentes que de compagnies et de fonds en euros. Les compagnies qui ont aujourd’hui des fonds propres en excédent, une provision pour participation aux bénéfices (PPB, réserves à reverser dans les huit années suivantes, ndlr) de 6 à 7% et beaucoup de placements immobiliers dans leur fonds en euros peuvent gérer la montée des taux d’intérêt tranquillement. Il y a, rappelons-le, des actifs généraux qui rapportent aujourd’hui 3%.

C’est exactement l’inverse pour des portefeuilles avec très peu de PPB, qui sont justes en termes de fonds propres et éprouvent donc des difficultés à se diversifier en actions, en immobilier, ou dans des obligations corporate bien notées. Les assureurs ne sont donc pas du tout égaux par rapport à la remontée des taux.


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Capital : Quelles sont, alors, vos prévisions pour le fonds euros pour 2022 ?

Cyrille Chartier-Kastler : Notre anticipation de rendement moyen pour les fonds en euros classiques de contrats d’assurance vie individuels se situe dans une fourchette allant de 1,80 à 2%, voire 2,20%. Un doublement du taux moyen est donc possible, puisqu’à fin 2021, ce taux était de 1,08%. Outre la remontée des taux obligataires favorable aux rendements, certains assureurs pourraient décider d’utiliser leurs provisions pour participation aux bénéfices afin de soutenir la performance et annoncer des taux de l’ordre de 2,10% ou 2,20%. Symboliquement, beaucoup d’assureurs vont faire le choix de servir au moins le taux du Livret A (actuellement fixé à 2%). Ce qui, au passage, est trompeur car il y a les prélèvements sociaux et potentiellement les frais à l’entrée à supporter sur le support garanti.


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Les bancassureurs, qui ont offert une rémunération moyenne de 0,98% l’an passé, avec des taux parfois à 0,50% ou 0,35% sur leurs vieux contrats, n’augmenteront, eux, pas leurs taux à 2%. Cela va donc vraiment être le grand écart.

Capital : Au vu de l’inflation notamment, les épargnants ont-ils vraiment intérêt à rester sur le fonds euros ?

Cyrille Chartier-Kastler : Le fonds en euros va avoir un rendement net de frais, de prélèvements sociaux et d’inflation fortement négatif en 2022. Dans ce contexte, il peut être intéressant d’en sortir et d’investir dans des produits qui résistent bien à l’inflation, à savoir les actions et l’immobilier. C’est possible avec l’assurance vie, au travers des unités de compte, mais avec des frais élevés. Il vaut mieux, pour ce faire, privilégier un compte-titres ou un plan d’épargne en actions (PEA).

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Source Capital.fr

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