Inflation, inégalités… “Le Royaume-Uni et le Japon veulent redistribuer les richesses… d’autres pays suivront !”

Inflation, inégalités… “Le Royaume-Uni et le Japon veulent redistribuer les richesses… d’autres pays suivront !”

Inflation, inégalités… “Le Royaume-Uni et le Japon veulent redistribuer les richesses… d’autres pays suivront !”


Tribune libre

Ces derniers jours, plusieurs responsables politiques ont fait de la redistribution des richesses une priorité absolue. Le nouveau Premier ministre japonais, Fumio Kishida, s’est engagé à faire de la hausse des salaires une priorité en offrant des avantages fiscaux plutôt qu’en taxant davantage les plus-values mobilières et les dividendes. La mesure est encore floue, mais il semble que les entreprises qui augmenteront les salaires pourront prétendre à des exonérations fiscales.

Fumio Kishida a également dévoilé un plan prévoyant des hausses de salaire pour les infirmières, le personnel de santé et les travailleurs du secteur de l’enfance qui sont “sous-payés au regard du nombre d’heures qu’ils effectuent”. Cette nouvelle priorité stratégique vise à promouvoir un “nouveau capitalisme à la japonaise”. L’objectif est également d’effacer les effets préjudiciables des réformes structurelles adoptées au début des années 2000 sous l’égide de Junichiro Koizumi. Ces réformes, qui ont introduit notamment une plus forte dépendance aux mécanismes de marché (minkatsu en japonais), ont rendu le pays plus compétitif mais ont également creusé les écarts de salaire.

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Au Royaume-Uni, le Premier ministre Boris Johnson a dévoilé le plan du gouvernement visant à construire une économie d’emplois qualifiés hautement rémunérés. La tâche ne sera pas aisée. Les Britanniques devront modifier profondément leurs habitudes de travail. De nombreux secteurs devront réduire leur dépendance à la main-d’œuvre étrangère bon marché, notamment dans les secteurs de la santé et des services.

En France, la candidate du parti socialiste à l’élection présidentielle d’avril 2022, Anne Hidalgo, a proposé de rehausser le salaire minimum (SMIC) de 10% à 15%. Le SMIC a augmenté de 2,2% le 1er octobre dernier. Le salaire minimum brut s’élève actuellement à 1554,58 euros. Si la proposition d’Anne Hidalgo était adoptée, cela porterait le SMIC à un niveau compris entre 1710,03 euros et 1787,76 euros. Toutefois, la candidate socialiste n’a pas détaillé les modalités de financement de cette hausse des salaires et si cette mesure s’inscrivait dans le cadre de négociations entre le gouvernement, les associations professionnelles et les syndicats. En théorie, une hausse de cette ampleur nécessiterait un large consensus au sein de la classe politique, ce qui n’est pas encore le cas. Début septembre, Anne Hidalgo a proposé de doubler le salaire des enseignants. Les enseignants français sont parmi les moins bien payés de l’Union européenne, notamment en début de carrière.

En Allemagne, les syndicats du secteur public ont demandé une augmentation des salaires de 5%. La dernière fois, ils avaient obtenu une hausse de 3,2%, lissée sur presque trois ans. Mais l’inflation était alors bien plus faible qu’elle ne l’est aujourd’hui. L’inflation est à son plus haut niveau depuis 1992, avec une hausse des prix de 4,1% en glissement annuel en septembre. Il y a fort à parier que la hausse des salaires deviendra un sujet politique de premier plan, qui fera l’objet de négociations au sein du nouveau parti de coalition formé entre le CDU (centre gauche), les écologistes et le parti libéral FDP.

Les appels à la redistribution des richesses ne nous surprennent pas. Après chaque crise économique, les inégalités ont tendance à se creuser. En juin 2020, l’économiste de l’université de Harvard Ian Kumekawa a rédigé une tribune dans le Financial Times dans lequel il propose d’étudier de nouveau la possibilité de mettre en place la taxe Pigou sur la fortune. Après la Première Guerre mondiale, l’économiste britannique Arthur Victoria Cecil Pigou avait proposé un impôt de 25% sur le patrimoine de tous les ménages, à l’exception des pauvres, pour payer la facture pharaonique de la guerre. À l’époque, les observateurs avaient considéré qu’il s’agissait d’une bonne solution pour faire payer davantage les plus fortunés et ainsi répartir plus équitablement le fardeau de la crise. La taxe Pigou n’a jamais vu le jour. Aujourd’hui, il n’y a pas de consensus assez large dans la classe politique et dans l’opinion publique pour qu’une taxe similaire soit mise en œuvre.

En fait, les gouvernements font même le contraire. Peut-être qu’ils taxeront davantage les plus riches. Mais leur lubie est de trouver de nouvelles façons d’augmenter la redistribution des richesses, et notamment les salaires. Sur les vingt dernières années, les salaires réels ont progressé moins vite que la productivité de la main-d’œuvre (calculés comme suit : PIB/travailleur) dans la plupart des pays développés. D’après les données AMECO de l’Union européenne (UE), la productivité des travailleurs a progressé quatre fois plus vite que les salaires réels dans les 28 pays de l’UE entre 2000 et 2016. Il y a parfois des disparités majeures entre les pays membres. Ainsi, la productivité des travailleurs a augmenté trois plus que les salaires en Allemagne et en Croatie, et deux fois plus en Pologne et en Autriche sur la période. En Hongrie, en Roumanie et en Grèce (pour des raisons évidentes), les salaires réels ont baissé alors que la productivité des travailleurs a augmenté (voir graphique ci-dessous). Un rééquilibrage est nécessaire.

Inflation, inégalités… “Le Royaume-Uni et le Japon veulent redistribuer les richesses… d’autres pays suivront !”
Saxo Bank (avec MacroBond)

La période que nous traversons est unique dans l’histoire. Voici les propos que notre directeur des investissements, Steen Jakobsen, a récemment tenus : “Nous sommes aux prémices d’une ”guerre culturelle” qui oppose les jeunes et les plus âgés, la propriété publique à la propriété privée, le droit à la vie privée aux plateformes hégémoniques, la liberté d’expression au politiquement correct, les diplômés aux non-diplômés, les propriétaires aux locataires, les rentiers aux personnes actives et productives, l’obscurantisme aux lumières et, surtout, les personnes et entités productives aux parasites (dans certains cas, des entreprises zombies qui plombent le potentiel de notre économie).”

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Cette guerre culturelle oppose les travailleurs aux actionnaires mais également les 1% des plus riches (10% dans certains pays) au reste de la population. Nous sommes convaincus que la redistribution des richesses sera un enjeu économique majeur dans les années à venir. Le risque d’une inflation galopante durant plus longtemps que ne le prévoient et ne l’espèrent les banques centrales devrait favoriser une redistribution plus juste des richesses et une hausse des salaires. Mais rien ne dit que la hausse des salaires compensera l’inflation. Ce n’est pas le cas au Royaume-Uni pour le moment.

Si les gouvernements et les entreprises ne s’attaquent pas à ce problème, il y a fort à parier que le mouvement des gilets jaunes reprendra de plus belle et se propagera dans toute l’Europe, sous une forme ou une autre. Le contrat social est déjà rompu. Les répercussions néfastes de l’accélération de l’inflation pourraient susciter la colère des peuples, à commencer par les démunis.

Christopher Dembik, Économiste français, directeur chez Saxo Bank

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Source Capital.fr

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