“Comment sauver nos retraites, alors que notre système par répartition va exploser ?”

“Comment sauver nos retraites, alors que notre système par répartition va exploser ?”

“Comment sauver nos retraites, alors que notre système par répartition va exploser ?”


Tribune libre

Enfin ! Mais, que de temps perdu ! Rappelons-nous effectivement que le premier livre blanc sur les retraites date de 1974. À l’époque, on alertait déjà sur la situation dangereuse qui s’imposerait lorsque le baby-boom de l’après-guerre deviendrait le papy-boom. “Dans les années 2010”, disait-on à l’époque, et cela paraissait bien loin. Jusqu’en 2000, une vingtaine de rapports gouvernementaux sur ce sujet furent rédigés, mais avec toujours les mêmes conséquences, c’est-à-dire le statu quo. Les grèves et l’échec cuisant de la réforme de 1995 n’ont fait d’ailleurs que renforcer ce dernier.

En fait, il a fallu attendre 2003 pour qu’une réformette des retraites soit enfin engagée. Appelée loi Fillon, du nom du ministre du Travail de l’époque, cette loi était censée tout résoudre. Pourtant, pour boucler son modèle de financement, elle tablait sur deux hypothèses hasardeuses : une croissance économique de 3% par an et un taux de chômage stabilisé autour des 4,5%. Bien entendu, ces prévisions n’ont jamais été vérifiées. Et pour cause : les niveaux structurels de la croissance et du taux de chômage de la France étaient déjà et restent encore aujourd’hui de respectivement 1% et 8,5%. Autrement dit, cette réformette des retraites tout comme celle de 2010, n’ont absolument pas permis de résoudre le problème.

Pourtant, il faut être clair et comprendre l’ampleur des dégâts passés et à venir : dans la mesure où le financement du système de retraite par répartition consiste à faire payer les actuels retraités par les actifs d’aujourd’hui, il s’agit ni plus ni moins d’un système Madoff à l’échelle hexagonale. Évidemment, lorsque l’on comptait plus de 3 actifs pour un retraité (c’est-à-dire depuis l’après seconde guerre mondiale jusqu’au début des années 1970), ce “système Ponzi” ne posait aucun réel problème.

Seulement voilà, actuellement, on ne recense plus qu’environ 1,5 actif pour un retraité et le ratio va empirer au cours des prochaines décennies, pour tomber dans le meilleur des cas à 1,3 en 2050. Autrement dit, à l’instar du système Madoff qui s’est effondré lorsque les nouveaux cotisants n’étaient plus suffisamment nombreux pour payer les anciens, le système de retraite par répartition à la française est voué à l’explosion. Souligner une telle réalité ne relève pas de la politique, ni même de l’économie, mais tout simplement de la mathématique. De plus, les retraités représentent actuellement environ 24% de la population française et n’ont jamais été aussi nombreux.

A cet égard, il faut rappeler que la nécessité de réformer la retraite française par répartition est liée à une excellente nouvelle : nous vivons de plus en plus longtemps. En France, dans les années 1950, l’espérance de vie était effectivement de 65 ans pour un homme et 70 ans pour une femme. Or, à l’époque, l’âge moyen de départ à la retraite était de… 65 ans. “Préparer” sa retraite ne servait donc pas à grand-chose, puisque cette dernière était particulièrement courte.

Aujourd’hui, les choses ont heureusement bien changé : dans notre « douce France », l’espérance de vie est d’environ 80 ans pour un homme et de 85 ans pour une femme. Et même si la pandémie a réduit cette espérance de vie de l’ordre de 6 mois (ce qui, espérons-le, ne sera que temporaire), nous sommes bien au-delà des niveaux des années 1970. De plus, depuis ces dernières, l’âge moyen de départ à la retraite a reculé fortement pour atteindre 62 ans et demi.

Ainsi, la durée de vie moyenne à la retraite est actuellement d’environ 23 ans, contre 2 ans dans les années 1950, 10 ans dans les années 1980 et 15 ans dans les années 1990. Mais ce n’est pas tout, car, selon le Conseil d’Orientation des Retraites (COR), la durée de vie à la retraite pourrait avoisiner les 30 ans pour la génération 2000, voire 33 ans en cas de mortalité basse.

Sans attendre cette perspective, et conséquence logique de ce progrès humanitaire et social qu’est l’allongement de la durée de vie, le financement de la retraite coûte de plus en plus cher, en particulier en France, qui reste le pays le plus généreux en la matière. Selon le COR, plus de 330 milliards d’euros, soit environ 14% du PIB, sont consacrés chaque année au financement des retraites. En 2020 et 2021, ce niveau est même monté autour des 15%, contre 11,7% en 2002.

Un niveau qu’il est également instructif de comparer aux 10% observés en Allemagne et à une moyenne de 7,5% pour l’ensemble des pays de l’OCDE. En outre, la hausse du nombre de retraités va considérablement s’accélérer à partir de 2035. De 16,3 millions en 2019, leur nombre devrait dépasser la barre des 22 millions en 2050.

Pourtant, en dépit d’une telle évidence, une grande majorité des Français, du moins selon certains sondages, continue de vouloir maintenir le statu quo. Chacun y va de son argument. Pour les uns, la retraite à 62 ans est un acquis social qu’il est impensable de casser ; pour d’autres il suffit de créer un nouvel impôt pour tout résoudre (encore un…). Mais les faits sont là : le déficit des retraites s’est déjà fortement creusé, pour atteindre 18 milliards d’euros en 2020 et certainement autant en 2021. En outre, il ne faut pas oublier qu’il s’agit là de déficits annuels qui se cumuleront dans le temps et pourront avoisiner les 1 000 milliards d’euros (dans le meilleur des cas) d’ici 2050. Or, la dette publique a déjà atteint 2.834,3 milliards d’euros au troisième trimestre 2021 et va encore augmenter, indépendamment des déficits des retraites.

Ce qui rappelle combien une réforme de la retraite est indispensable. Et ce tant pour les finances publiques nationales que pour le bien-être des Français au cours des prochaines décennies. Autrement dit, plus que jamais et sans attendre la prochaine réforme, il est urgent de préparer sa retraite par soi-même, en augmentant son épargne de long terme. D’ores et déjà, il faut savoir que le “taux de remplacement” des retraites est de 74,7%, contre 80% il y a douze ans. Cela signifie qu’à l’heure actuelle, le montant de la pension nette d’un retraité ne représente que 74,7% de la moyenne de son salaire net des cinq années précédant son départ en retraite, alors qu’il en représentait 80% il y a douze ans.

Dans ce cadre, s’ils ne comptent que sur la retraite par répartition, les retraités vont subir une chute de plus en plus marquée de leur pouvoir d’achat. Le drame est que ce taux de remplacement va malheureusement continuer de baisser au cours des prochaines années. Selon les projections du COR, il pourrait ainsi tomber à 63% pour les générations nées dans les années 1980, à 62% pour celles des années 1990 et à quasiment 61% pour celles des années 2000.

Il est donc clair que si la question du financement des retraites n’est pas résolue au plus vite, la dette publique française flambera encore nettement et que, ce faisant, le retour apparent d’une certaine crédibilité de la France sera vite inversé, ce qui finira par entraîner une dégradation massive de la note de la dette publique française. D’où une inévitable augmentation des taux d’intérêt des obligations d’Etat, qui a d’ailleurs déjà commencé, impliquant moins de croissance, plus de déficits, plus de trous des retraites et de la sécu…

En outre, n’oublions pas que les caisses de retraites détiennent énormément d’obligations d’Etat en portefeuille. Avec le dégonflement actuel et surtout à venir de la bulle obligataire, donc la poursuite de la remontée des taux d’intérêt de ces mêmes obligations, les cours de ces dernières vont baisser, réduisant la valeur des actifs des caisses de retraites et compromettant davantage leur capacité de paiement des pensions.

Mais, pour le moment, aucun candidat à la présidentielle française n’ose affronter le vrai défi des retraites. En fait, pour résoudre définitivement le problème, il faudrait avant tout consacrer une plus grande responsabilisation des Français face à leur retraite et engager une véritable harmonisation de l’ensemble des systèmes. Ensuite, chacun pourra choisir : partir tard ou tôt à la retraite et, en fonction de son choix, recevoir plus ou moins de pensions.

Dans le même temps et surtout, il faudra forcément soutenir le système par répartition avec une retraite par capitalisation qui permettra aux retraités de toucher l’ensemble des sommes épargnées pendant leur vie active, soit d’un seul coup, soit sous forme de rente. Avec une différence de taille : les sommes investies dans une retraite par capitalisation appartiennent aux retraités, alors que ce n’est pas le cas pour celles qui sont prélevées sur les salaires, puisqu’elles sont utilisées pour financer les actuels retraités. Encore une fois, il est donc urgent que les Français soient conscients de cette réalité et commencent à épargner pour leur retraite le plus tôt possible.

Et, en la matière, même si la situation s’améliore progressivement, les Français sont encore très loin du compte. L’épargne retraite des Français au sens large est ainsi passée de 545,3 milliards d’euros en 2008 à environ 950 milliards d’euros en 2020-2021 (selon nos estimations), soit une hausse de 74%. Si l’on isole uniquement les actifs placés sur des régimes de retraite capitalisés et privés (qu’on appelle communément retraite par capitalisation), ce montant tombe à 290 milliards d’euros, soit environ 11% du PIB français (selon l’OCDE pour l’année 2019, l’année 2020 étant quelque peu biaisée compte tenu de la baisse du PIB engendrée par la pandémie). Un niveau qui peut paraître appréciable, mais qui reste très loin de ceux observés au sein des pays de l’OCDE : 217% au Danemark, 195% aux Pays-Bas, 150% aux Etats-Unis et 128% en moyenne pour l’ensemble de l’OCDE.

Sans aller jusqu’à de tels niveaux, l’augmentation d’une retraite par capitalisation en France vers les 50% du PIB signifierait une augmentation de l’épargne investie sur ce type de support de l’ordre de 1.000 milliards d’euros. Au-delà de permettre un meilleur financement des retraites, cette épargne soutiendra aussi mécaniquement l’investissement en France, notamment sur des actifs risqués et à haut rendement, puisque l’épargne de long terme permet justement de prendre des risques.

Les deux mots clés du sauvetage de la retraite française sont donc “responsabilité” et “liberté”. Chaque individu est capable de comprendre que s’il vit plus longtemps (et c’est tant mieux), il doit forcément cotiser plus pour garder le même niveau de prestations retraites qu’avant. Les Allemands, les Anglais, les Italiens et beaucoup d’autres à travers le monde l’ont compris, il n’y a pas de raison que les Français n’y parviennent pas.

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Et, de ce point de vue-là, la crise du Covid19, le “quoi qu’il en coûte” et la déresponsabilisation des Français face à l’envolée de la dette publique ont aggravé la situation, tant en termes financiers qu’en matière de crédibilité de la France à engager des réformes indispensables au sauvetage de son modèle social… Pour éviter de supporter les erreurs des dirigeants français, il est donc urgent de se constituer une épargne de long terme, notamment pour nous permettre de profiter au maximum de notre retraite. Et ce, en particulier en investissant sur les marchés actions qui restent les plus avantageux à long terme.

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Marc Touati, économiste, président du cabinet ACDEFI

Son nouveau livre RESET – Quel nouveau monde pour demain ? est en tête des ventes des essais économiques depuis sa sortie le 2 septembre 2020

“Comment sauver nos retraites, alors que notre système par répartition va exploser ?”
Marc Touati

Retrouvez toutes ses vidéos sur sa chaîne YouTube. Dont la dernière, « L’augmentation des taux d’intérêt accélère : ça va faire mal ! »

Source Capital.fr

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