Pension de réversion, Aspa… ces prestations que les retraités ne demandent pas

Pension de réversion, Aspa… ces prestations que les retraités ne demandent pas

Pension de réversion, Aspa… ces prestations que les retraités ne demandent pas

Pension de réversion, Aspa… ces prestations que les retraités ne demandent pas

Capital : Comment définissez-vous le non-recours ?

Renaud Villard : Nous distinguons deux grandes familles de non-recours : le non-recours subi, car vous ne savez pas que vous avez le droit à telle ou telle prestation, et le non-recours choisi car, pour des raisons qui vous sont propres, vous ne faites pas la demande. L’objet principal sur lequel nous travaillons, c’est le non-recours subi.

Capital : Quelles sont les principales prestations non demandées ?

Renaud Villard : Il s’agit notamment de l’Allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa), ex-minimum vieillesse, et de toutes les prestations de solidarité. Entre un tiers et la moitié des personnes y ayant droit n’en font pas la demande. Des retraités touchent leur pension sans savoir qu’ils peuvent avoir ce complément de solidarité qui pourrait par exemple leur permettre de passer au-dessus du seuil de pauvreté.

Capital : D’autres prestations sont-elles “négligées” ?

Renaud Villard : Oui, le deuxième type de non-recours concerne ceux qui demandent leurs droits propres. Cela signifie que, même s’ils ont cotisé dans un régime, ils ne demandent pas leur retraite. Il s’agit par exemple de ceux qui ont travaillé seulement quelques années en France et dont on n’a plus de nouvelles. Ce sont des coopérations avec d’autres pays qui nous permettront de travailler cette question. Mais il y a aussi le cas de personnes qui ont cotisé à trois ou quatre régimes et qui ont oublié qu’ils avaient 15 euros ici, 20 euros là. Ils n’ont pas demandé toute leur retraite. En général, on ne leur doit pas 1.000 euros par mois mais mis bout à bout, ces non-recours représentent 2 à 3 milliards par an que l’on aurait dû mettre en paiement.

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Capital : Combien de personnes sont concernées par cette situation ?

Renaud Villard : Nous estimons qu’au régime général, entre 5 et 10% des retraités n’ont pas intégralement demandé leur pension. Donc, potentiellement, ils ont des droits chez nous. C’est un phénomène que l’on avait un peu sous-estimé. Et notre cible prioritaire.

Capital : Existe-t-il d’autres cas dans lesquels certains droits sont oubliés ?

Renaud Villard : La pension de réversion est aussi concernée par cette situation, notamment en raison de la législation actuelle. En effet, au régime général, un veuf ou une veuve peut toucher une pension de réversion, même en cas de divorce. Imaginez une femme qui divorce à 55 ans dont l’ex-conjoint meurt à 80 ans. Parfois, elle ne sait pas que son ancien conjoint est décédé et la Cnav ne sait pas qu’elle a été mariée avec lui. Donc si elle ne sait pas qu’elle a le droit à une pension de réversion en tant qu’ex-conjointe, elle peut ne pas la demander et nous ne sommes pas en mesure de le lui dire.

Capital : Ce qui peut aboutir à des situations financières complexes…

Renaud Villard : Par exemple, quelqu’un décède, sa veuve fait une demande de pension de réversion. Elle la perçoit. Mais 10 à 15 ans plus tard, une deuxième veuve peut se faire connaître. Nous sommes alors obligés de partager le montant de la réversion au prorata du nombre d’années de mariage. C’est un sujet pour lequel nous n’avons pas de solutions robustes. Pour éviter ce type de non-recours, nous devons faire de l’information générale sur les droits des veufs et veuves.

Capital : Et pour les autres prestations, quels sont les outils mis en place pour lutter contre le non-recours ?

Renaud Villard : Nous développons trois gammes de solutions. La première est de croiser les données que nous recevons de différentes caisses et de services comme l’état civil. Nous développons aussi le partenariat avec différentes structures. Par exemple, pour lutter contre le non-recours au minimum vieillesse, nous travaillons au niveau national avec les Restos du cœur. Lorsqu’ils rencontrent une personne âgée en grande précarité, ils peuvent l’orienter vers la caisse de retraite qui peut voir à quelles prestations sociales elle est éligible. Le troisième volet, c’est l’interservices. Si un assuré nous appelle car il commence à être fragile et a par exemple besoin d’un portage de repas, nous pouvons profiter de l’occasion pour détecter s’il a des fragilités économiques et, dans ce cas, vérifier s’il perçoit bien toutes les prestations auxquelles il a le droit.

Capital : Emmanuel Macron veut mettre en place la solidarité à la source avec le versement direct de certaines prestations sociales. Cela pourrait-il concerner les retraités ?

Renaud Villard : Ce serait possible pour l’Aspa, mais avec une nuance. À condition qu’il y ait de grosses simplifications des règles du jeu, notamment informatiques, il serait possible, à l’horizon d’un quinquennat, de se mettre en capacité de détecter de manière certaine qui a droit à quoi et à quel montant. Et de pouvoir dire : ‘sauf erreur de notre part, voici le montant que nous pouvons vous verser’. Mais avant de verser cette aide financière, il faudrait recevoir le consentement de la personne.

Capital : Et en ce qui concerne les pensions, quels sont les moyens mis en place pour verser l’intégralité de la retraite ?

Renaud Villard : Nous sommes en train d’envoyer à la génération née en 1945 des courriers pour leur indiquer qu’ils n’ont pas demandé l’intégralité de leur retraite. Sur les 700.000 personnes de cette génération, près de 45.000 sont concernées. Nous leur indiquons la caisse de retraite à laquelle ils doivent faire cette demande. En fonction du retour de cette opération, nous verrons si nous élargirons l’opération en 2023 à un plus grand nombre de générations.

Source Capital.fr

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