Personnes âgées : la proposition choc des directeurs d’établissement

Personnes âgées : la proposition choc des directeurs d’établissement

Personnes âgées : la proposition choc des directeurs d’établissement

Personnes âgées : la proposition choc des directeurs d’établissement

“Cessons de maltraiter nos vieux et ceux qui les accompagnent.” Voici le cri d’alarme lancé par l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA). Après un travail collectif de plus de deux ans, elle propose 44 mesures pour améliorer le soin que l’on accorde aux personnes âgées. Un volet de ces propositions est consacré aux mesures financières qu’il faut prendre urgemment. Éric Fregona, directeur adjoint de l’association, les détaille pour Capital.

Capital : Vous faites un constat alarmant de la situation actuelle…

Éric Fregona : Nous voulons que les pouvoirs publics tiennent un discours de vérité en disant qu’il y a de l’âgisme, que les personnes âgées sont progressivement exclues de la société et ne sont plus des citoyens à part entière. Une fois que l’on a dit cela, il faut agir. Nous plaidons pour fixer un nouveau cap pour transformer les établissements type Ehpad, établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Nous considérons qu’ils ont été construits sous l’angle sanitaire, très hospitalo-centré. Cela ne répond aucunement aux attentes des Français qui disent qu’ils ne veulent jamais aller en Ehpad.

Capital : Comment comptez-vous réaliser ce profond changement ?

Éric Fregona : Nous demandons que tous les établissements puissent s’exonérer des normes de l’action sociale et des familles pour ce qui relève du fonctionnement institutionnel, ce qui les rend très tourné vers le sanitaire. Il faut qu’ils redeviennent des lieux d’habitation classique où l’on signe un bail et où existe un règlement de copropriété. L’établissement doit être réellement le domicile de la personne âgée, il n’y a par exemple aucune règle de copropriété qui interdit d’avoir un animal domestique à son domicile, cela devrait être la même chose en Ehpad.

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Capital : Comment sortir de cette réglementation ?

Éric Fregona : Aujourd’hui, ce n’est pas possible car si vous ne rentrez plus dans ce cadre réglementaire, vous n’avez plus la garantie que le département et l’agence régionale de santé continuent de financer les professionnels qui interviennent. C’est à l’État d’autoriser la structure àd sortir du code, pour que ces personnes vivant en établissement aient les mêmes droits que si elles vivaient chez elles. Cette mesure demande que l’on diversifie les métiers qui interviennent dans les établissements.

Capital : Avez-vous chiffré une telle mesure ?

Éric Fregona : Nous demandons dans l’immédiat la création de 40.000 postes, ce qui équivaut à deux postes supplémentaires par établissement et par service à domicile. C’est juste pour donner un peu d’air à ce secteur. Ensuite, il s’agirait de transformer le système de soins dans les Ehpad et de se caler sur le mode de l’aide à domicile. Et pour une prise en charge complète, il faudrait passer à une intervention à 30 euros de l’heure, contre 22 aujourd’hui. À 30 euros, on peut commencer à faire des soins de qualité, de confort mais aussi permettre à la personne accompagnée de faire tout ce qu’elle aimait faire lorsqu’elle était valide. Il ne faut pas seulement recruter des soignants mais aussi des professionnels de l’animation, de la culture et des psychologues. Et ils sont déjà sur le marché du travail.

Capital : Pourquoi ces investissements ne sont-ils pas réalisés ?

Éric Fregona : Depuis des années, les pouvoirs publics n’ont pas fait ce qu’il fallait et nous sommes aujourd’hui dans une impasse. Il faut considérer les sommes que l’on met dans ce secteur comme un bel investissement et non comme une charge. Il faut investir 7 milliards par an pour le personnel auquel on ajoute 3 milliards pour ce qui concerne les structures.

Capital : Où trouver ces 10 milliards par an ?

Éric Fregona : Déjà, il faut que l’argent qui doit revenir à ce secteur lui revienne bien. Prenons la journée de solidarité qui doit rapporter 2 milliards par an. Il y a des jeux d’écriture qui font que toute la somme n’est pas dépensée ou ne revient pas directement au secteur et va vers d’autres enveloppes de la Sécurité sociale. Et c’est le cas de plusieurs financements. Nous estimons que 20 milliards ont été détournés par ces jeux d’écriture depuis 2006, et, s’ils étaient vraiment utilisés pour ce qui était prévu à l’origine, cette somme pourrait déjà permettre de financer deux années de la branche autonomie.

Capital : Mais cela ne suffira pas…

Éric Fregona : Depuis toujours, l’AD-PA a soutenu un financement de cette politique publique via la solidarité nationale. Création d’un impôt, taxation sur les droits de succession, utilisation de la Contribution au remboursement de la dette sociale… beaucoup de pistes ont été présentées mais jamais rien n’a été fait. Nous arrivons à un point de rupture. Alors nous proposons que tous les établissements, privés comme publics, passent en tarification libre, ce qui est uniquement le cas aujourd’hui de 30 % d’entre eux. Cette tarification libre pourra permettre d’augmenter le nombre de professionnels, d’améliorer les conditions de travail et d’accueillir les personnes âgées dignement. Aujourd’hui, de nombreux établissements sont étranglés par les tarifications fixées par l’État et les départements, qui évoluent très peu. La contrepartie de cette tarification libre est l’augmentation du prix pour les personnes accompagnées.

Capital : C’est une solution qui semble difficilement acceptable…

Éric Fregona : Ce n’est pas notre position de départ mais puisqu’il n’y a pas d’autres choix, nous faisons cette proposition. L’AD-PA ne veut plus être complice de la non-action des pouvoirs publics, elle ne peut plus accepter qu’en tant que directeurs, nous soyons complices du fait qu’incidemment, nous maltraitons les personnes âgées vulnérables. Peut-être qu’à un moment, les Français diront que cette augmentation de prix n’est pas supportable, qu’il faut prendre une autre voie. Nous espérons que cette proposition va susciter une prise de conscience. Il n’y a pas de secret : par exemple, dans les pays du nord où la prise en charge des aînés est de meilleure qualité, c’est une part deux fois plus importante du PIB qui est consacrée à ces politiques publiques.

Source Capital.fr

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