Retraite : la capitalisation oubliée des programmes des candidats à la présidentielle

Retraite : la capitalisation oubliée des programmes des candidats à la présidentielle

Retraite : la capitalisation oubliée des programmes des candidats à la présidentielle

Retraite : la capitalisation oubliée des programmes des candidats à la présidentielle

Capital : Plusieurs candidats déclarés ou en instance de le faire comme Emmanuel Macron, Valérie Pécresse et Eric Zemmour proposent de relever l’âge de départ à la retraite à 64 ou 65 ans. Cette mesure est-elle nécessaire pour les finances du régime ?

Nicolas Marques : Relever l’âge est logique car le déficit structurel du régime est anormal. Dans un régime par répartition, vous êtes censé être toujours à l’équilibre. Un report de l’âge à 64 ou 65 ans comblera à moyen terme les déficits. Mais lorsqu’on regarde l’enjeu global, alléger le coût de financement des retraites, il faut aller plus loin et faire monter en puissance la capitalisation collective.

Capital : Pour quelles raisons estimez-vous que la capitalisation est indispensable ?

Nicolas Marques : La capitalisation doit épauler la répartition. La retraite par répartition explique 60 % de la hausse des dépenses et des déficits publics depuis 1960. C’est énorme. C’est le nez au milieu du visage que l’on ne voit plus. Si ce dérapage est aussi important, c’est parce que rien n’a été mis de côté pour faciliter le financement des retraites. Seules les professions libérales ou le régime complémentaire des salariés du privé Agirc-Arrco ont des réserves. Trop peu de régimes s’appuient sur la capitalisation, dans le public ou dans le privé. Le régime général des salariés et l’État n’ont rien mis en réserve ou provisionné, à l’opposé de ce qui se fait à l’étranger. D’où des déficits récurrents et un problème de compétitivité globale.

Capital : C’est-à-dire ?

Nicolas Marques : Pour financer les retraites dans le privé, les cotisations (salariales et patronales, ndlr) représentent 28 % des rémunérations annuelles brutes. Ces montants importants posent un problème de compétitivité pour l’employeur, car il doit payer plus cher son salarié et ce dernier a moins de pouvoir d’achat.

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Capital : Mais les cotisations ne sont pas des montants versés à perte, elles financent les retraites…

Nicolas Marques : Oui il s’agit d’un transfert de richesse mais il n’y a pas de création de richesse. Imaginons maintenant que vous vouliez distribuer le même niveau de retraite en capitalisation. Votre cotisation retraite se bonifie grâce aux dividendes et plus-values. La cotisation, au lieu d’être l’intégralité de la retraite, n’est que l’amorce d’un placement dégageant un rendement finançant une partie de la retraite. Grosso modo, les économistes disent qu’avec deux fois moins de cotisations, voire trois fois moins, vous obtenez le même niveau de pension.

Capital : Le risque n’est-il pas de perdre ces sommes placées et de se retrouver avec une retraite très faible ?

Nicolas Marques : Le risque n’est pas nécessairement là où on le pense. Il ne faut pas oublier que dans un système par répartition, les cotisations sont très dépendantes de la démographie. Lorsqu’il y a plus de plus en plus d’actifs, le rendement des cotisations retraite (ce que la cotisation vous permet d’avoir comme niveau de pension, ndlr) peut être aussi attrayant qu’un placement. C’est ce qui s’est passé dans les années 50-60. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui, la croissance de la masse salariale est inférieure au rendement du capital. C’est sûr, la capitalisation est soumise aux aléas, notamment à court terme. Mais il s’agit d’un placement sur le temps long, ce qui amortit les chocs. La sagesse est d’avoir un pied en répartition et l’autre en capitalisation, avec une démarche collective permettant de réduire les risques individuels. Après on peut discuter si c’est moitié-moitié, un tiers, deux tiers.

Capital : Aucun candidat à la présidentielle ne plaide pour un tel principe. Il n’en a pas non plus été question lors de la réforme des retraites qu’Emmanuel Macron appelait de ses vœux…

Nicolas Marques : Emmanuel Macron a retouché la capitalisation dans la loi Pacte réformant notamment l’épargne retraite. Il a abordé la question sous l’angle individuel ou via l’entreprise, en toilettant les Perco ou les dispositifs dits Articles 83. Sa logique a été de moderniser les produits d’épargne retraite existants. Pour certains cette démarche est suffisante et l’on pourrait en rester là.

Capital : Ce n’est pas la bonne solution ?

Nicolas Marques : C’est une erreur de jugement de penser que la loi Pacte est suffisante car le problème des retraites est global et structurel. Si vous voulez embarquer tout le monde, vous ne devez pas vous baser exclusivement sur les produits d’épargne retraite mis en place de façon individuelle ou entreprise par entreprise. Cela crée alors une retraite à deux vitesses. Vous aurez d’un côté les plus aisés ou les salariés d’entreprises prévoyantes qui capitalisent, alors que le reste de la population n’y aura pas accès. Pour nous, c’est un scénario problématique, avec l’essentiel de la population dépendant d’une répartition à la peine et une minorité bénéficiant de la capitalisation. L’enjeu c’est la capitalisation pour tous, en créant un équivalent de l’Établissement de retraite additionnelle de la fonction publique (Erafp) pour tous les salariés du privé.

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Source Capital.fr

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